« Ville cruelle » est le premier roman d’Alexandre Biyidi Awala, dit Mongo Beti. Il l’a écrit sous le pseudonyme d’Eza Boto. Publiée en 1954 par Présence africaine, cette œuvre pose des jalons. Ceux de la réflexion de Mongo Béti sur les causes du drame d’une Afrique déjà exsangue pendant la colonisation. Les personnages principaux, Banda, Odilia et Koumé évoluent dans une ville coloniale africaine des années 1930. Ou plutôt dans deux versants de ladite: le Tanga « étranger » celui de l’administration et des Blancs et le Tanga « indigène » celui des noirs et des bas fonds. « deux Tanga… deux mondes… deux destins ! ». Il y a aussi le village Bamila.

Nos trois jeunes doivent se construire sous l’influence de deux types de civilisation antagonistes au premier regard, mais in fine complices. Il y a d’une part le pouvoir colonial, blanc, vénal, avide et brutal, secondé par le pouvoir économique grec et fourbe. Et d’autre part, le pouvoir traditionnel noir, celui des anciens du village. Ce dernier est archaïque, hypocrite, intéressé, et soi-disant  dépositaire de traditions ancestrales qu’il a dénaturées. Ces deux autorités qui font donc sembant de s’opposer, ont en réalité une communauté d’intérêts dont la finalité est d’exploiter le jeune Banda. En effet, ce dernier doit vendre son cacao dans des conditions inéquitables au pouvoir blanc. L’argent tiré difficilement de cette transaction devant être reversé au pouvoir « indigène » dans le cadre d’une prétendue coutume africaine : la dot. Cette tradition qui veut que la main d’une femme ne soit accordée à son fiancé qu’en échange de fortes sommes d’argent. Mongo Beti insiste sur la malhonnêteté des anciens de s’y attacher comme à un héritage des ancêtres, alors qu’elle ne résulte que de la monétarisation des échanges.

« Les vieux et les Blancs, c’est tous la même chose » ? Ah non! ça ce n’est pas vrai. […] Un Blanc veut gagner de l’argent un point c’est tout. Mais un vieillard, c’est beau- coup plus difficile. » (p. 132-133) 

Pourtant, les jeunes doivent choisir entre ces deux sytèmes :

« qu’est-ce qui vaut mieux ? Un Blanc de Tanga ou un vieillard de Bamila ? » (p. 133).

C’est toute la trame de ce roman, dans lequel le héros – ou plutôt l’antihéros – Banda, cherche une troisième voie. La trouvera t-il ?

A lire pour réaliser que la situation décrite dans ce roman est toujours d’actualité dans tant de lieux dans ce monde.

Flore Agnès NDA ZOA