L’étrangère  – celle d’Anne-Marie Niane, pas les autres – et douze autres nouvelles est paru chez Hatier pour la première fois en 1985. Cet ouvrage a été réédité numériquement le 23 octobre 2015 par FeniXX (Hatier).

C’est un recueil de treize nouvelles primées dans le cadre du neuvième concours radiophonique de la meilleure nouvelle de langue française. Les nouvelles ont été écrites par treize auteurs de nationalités différentes.

« A mon arrivée à Dakar, je nourrissais l’espoir de retourner au Vietnam. Cette idée m’a quittée ». La voix de la vieille étrangère est teintée du mal du pays et de la nostalgie. Aussi laisse-t-elle luire l’expérience migratoire, une situation qui requiert la faculté d’adaptation du sujet concerné à son nouveau biotope. Manger la culture et boire les réalités dudit milieu même si «  je suis à une assez distance de chez-moi… ». Les douze autres voix qui accompagnent celle de la vieille sont disciplinées. Elles chantent l’une après l’autre sans cacophonie. Elles narrent leurs pays tour à tour, avec un ton et un style singuliers empreints de «  sensibilité, lucidité et humour».

La brièveté dans l’écriture et la virtuosité de la langue sont les parures qui font le charme de « L’étrangère et douze autres nouvelles ». D’ailleurs cela lui vaut d’être courtisée par des amantslecteursde «  tout-monde ». Son caractère polyphonique met en branle le  transnational  et le  transculturel. Partant, il se dessine la volonté de briser les frontières avec l’écriture, et de mettre en dialogue les cultures. La poétique de la relation à la Glissant c’est-à-dire, entrer en contact avec l’autre dans le but d’apprendre à vivre avec lui tout en respectant son altérité, est la clé pour asseoir cette démarche. Cet opuscule se veut donc « une manière de lecture qui se refuse d’être focalisée à une région, et offre en lieu et place une démarche polysémique au-delà d’une cartographie particulière.» Ainsi parle Gueboguo.

L’appartenance religieuse et la couleur de la peau ont tendance à devenir des motifs de torture ou de stigmatisation, quand on se retrouve loin de sa terrepays. La téméraire «…étrangère » ne se fait pas prier pour battre en brèche ces stéréotypes. Elle recommande la symbiose des voix et des forces dans l’optique d’orienter l’Afrique voire, le monde vers la voie de son salut. Alors, de ladite symbiose naitra la communication interculturelle, condition sine qua non qui favorisera la métamorphose du monde en village planétaire : « Toutes larmes bues, le jour fini… », la langue du monde se déliera et il articulera enfin son premier mot…P-A-I-X !

Par NKUL BETI