20150516_102225_resized_0La saison 2015-2016 des prix récompensant les œuvres littéraires « d’expression française » est lancée. Les plus prestigieux – à l’instar du Goncourt, du Renaudot, du Femina ou du Medicis – ont déjà été attribués respectivement à Mathias Enard pour Boussole  (Actes Sud), Delphine de Vigan D’après une histoire vraie  (JC Lattès), Christophe Boltansky La cache  (Stock) et Nathalie Azoulai Titus n’aimait pas Bérénice (éditions POL).  Les autres suivront et nous nous réjouissons d’avance de lire ces chef d’œuvres sélectionnés pour nous par « les experts en la matière ». Mais notre enthousiame – parfois naïf – ne doit pas nous empêcher de nous poser la question de la finalité de ces prix littéraires.

Commençons par le « commencement » en rappelant la définition d’un prix littéraire selon wikipédia par exemple. Pourquoi pas ? Ce médium social, le définit comme étant : «  une distinction remise pour une œuvre littéraire particulière par des institutions publiques ou privées, des associations, des académies, des fondations ou encore des personnes individuelles. La plupart des prix sont décernés annuellement et s’accompagnent de la remise d’une somme d’argent, d’une bourse ou encore d’un objet d’art ». Soit.

Mais à quoi servent donc ces « distinctions » quittés les cercles privilégiés parisiens se demande Nathalie Carré dans un excellent article : « Afrique et prix littéraires. Quelle intégration à la chaîne du livre sur le continent ?. » paru in Afrique contemporaine 1/2012 (n° 241) , p. 122-123.

Selon elle, ils constituent un réel encouragement, une émulation, une reconnaissance et ont une importance symbolique – et parfois financière – véritable dans la carrière d’un auteur. C’est bien. Mais pourtant, des écrivains non moins pétris de talent, restent, pour diverses raisons, invisibles aux yeux des jurys de ces prix prestigieux. Par exemple parce qu’ils sont mal édités – entendez que leurs œuvres paraissent chez un éditeur moyennement connu ou non parisien- qu’ils ont un style iconoclaste ou appartiennent aux littératures dites de périphéries.

Dans leur plus grand nombre, les écrivains talentueux noirs – d’expression française – appartiennent à l’une ou l’autre de ces catégories.  Que faire alors pour que ces oubliés de la reconnaissance parisienne accèdent enfin à l’encouragement, à l’émulation et la reconnaissance dont il est question ci-dessus ? C’est simple. Il faut créer des prix qui leur sont réservés. Une sorte de discrimination positive, mais pas au rabais, et c’est où réside tout le challenge que certains ont réussi avec panache, à l’instar des fondateurs du Grand prix littéraire d’Afrique noire, du prix des cinq continents ou du prix Kourouma.

Reste la question de la légitimité  qui rappelle l’une des problématiques majeures dans laquelle le système des prix littéraires se trouve engagé – et pour laquelle il lui faut sans cesse se battre : celle de son indépendance. Nathalie Carré (encore elle) avertit que si en France, les prix les plus prestigieux sont souvent suspectés de connivence avec les maisons d’édition, les initiatives locales (africaines donc) ou n’émanant pas des institutions reconnues ne sont pas forcément mieux vues car l’impartialité des jurys comme leurs compétences peuvent être souvent remises  en cause. Le défi pour un prix « communautaire » comme le prix engagement de la CENE littéraire est par conséquent de naître et de rester indépendant (y compris financièrement), mais aussi de distinguer l’excellence. Et rien d’autre.

Flore Agnès Nda Zoa