« A quand l’Afrique ? Entretien avec René Holstein » a été publié pour la première fois en 2003 et coédité par les éditions de l’Atelier, Eburnie, d’en bas, presses universitaires d’Afrique. La liste n’est en rien exhaustive. L’auteur Joseph Ki-Zerbo a remporté le prix RFI- Témoin du monde en 2003 pour ce livre. Le développement de l’Afrique, l’exhumation de l’histoire africaine et la réinterprétation de l’histoire du monde à partir d’une perspective africaine, sont la pierre d’achoppement des thématiques développées dans cet entretien.

Ki-zerbo aborde différents sujets. Il les traite avec rigueur et objectivité. Tous portent sur les méthodes à mettre en œuvre pour réveiller le continent africain, afin qu’il sorte de la fosse où la falsification de son histoire et sa somnolence l’ont jeté. Les questions de René Holstein sont les béquilles de l’argumentaire de l’historien Burkinabé. Elles sont calibrées. Elles gravitent autour de l’économie, la démocratie et la gouvernance, la mondialisation, les droits de l’Homme, et sur l’exhumation des mémoires, un sujet plus que jamais d’actualité. Il s’agit, en effet, de cogiter sur l’avenir d’un continent aux potentialités diverses, mais qui brille par son hibernation volontairement involontaire ou l’inverse?

Ki-Zerbo propose des brèches qui amèneront l’Afrique à se réveiller voire, à prendre conscience. D’emblée, il souligne le problème de l’identité. Il faudrait se débarrasser du joug de la maîtrise de la culture-histoire de l’autre. Un retour aux sources est capital. Non pas pour y demeurer, mais pour se retrouver et se trouver. L’africain a besoin de maîtriser sa culture-histoire. Celle de l’autre étant un plus. L’historien propose également le fédéralisme interethnique, interculturel et interétatique comme les clés de la libération africaine. Il est un partisan du dicton «  l’union fait la force ». Selon lui, la non-conjugaison des forces est la justification de l’échec de plusieurs révolutions micro-nationales menées par des Hommes pourtant braves, à l’instar de T. Sankara, Sékou Toure etc. Aussi souligne-t-il le caractère péjoratif du principe d’ivoirité qui a désarçonné la Côte d’Ivoire. Elle était pourtant positionnée comme une mamelle nourricière dans sa sous-région. Ce principe est l’illustration du ralentissement qu’orchestre le mode de vie en autarcie dans une sous-région (Union Monétaire des Etats Ouest-Africains) où les habitants sont parentés, d’une façon ou d’une autre, malgré les frontières arbitraires. La lutte pour l’équité dans les échanges n’échappe pas au «  discours » de Ki-Zerbo. Il s’agit d’échanges entre les pays du Nord et les pays du Sud. Que l’un soit l’exploitant et l’autre l’exploité (ustensile, figurant) : Non. Qu’ils soient tous des acteurs : Oui !

Cette réflexion se veut une promotion du respect des modes de vie, de l’égalité des échanges et donc d’un avenir possible pour l’Afrique, mieux le monde. Lorsque l’historien Burkinabé souligne le réajustement de l’histoire falsifiée par le colonisateur pour des fins expansionnistes, il rejoint Cheikh Anta Diop dans sa volonté de restauration de la conscience historique africaine. Cette entreprise n’est pas une mission impossible. Il faudrait défendre le rééquilibrage du dialogue des cultures et des échanges économiques entre l’Afrique et l’occident. Kum’A Ndumbé et Jean-Yves Loude illustrent ce dernier aspect dans leur échange épistolaire : « Dialogue en noir et blanc ».

L’entretien de Joseph Ki-Zerbo est cru, vif mais objectif. Il est une sorte de boisson enivrante aux vertus thérapeutiques. Les rapports entre les pays du Nord et les pays du Sud ont fait l’objet de plusieurs conférences et débats, mais tout reste à faire. Il faut, en effet, un dépassement des violences du passé qui donnera naissance à une cohabitation et à un échange équitable. En d’autres termes, il faut que la culture-histoire de ce continent « riche » soit déterrée et structurée en considérant le principe de la différence. Puisque l’Afrique n’est point une entité monolithique. Alors, le monde s’écriera…L’Afrique s’est réveillée !

Nkul Beti !